Deux nouveaux fonds à l'Afer

Publié le 26/06/2013 - Philippe Maupas
L'offre d'unités de compte continue de s'enrichir : Etats-Unis et Emergents enfin au programme
Forte de plus de 700 000 membres représentant plus de 45 milliards d'euros d'actifs gérés, l'Afer vient d'introduire deux nouvelles unités de compte dans le plus gros contrat d'assurance vie associatif de France.

Ces deux fonds viennent combler un manque criant et vont enfin permettre aux assurés de pouvoir s'exposer au potentiel de croissance de deux zones économiques très importantes : l'Amérique du Nord et les pays émergents.

S'exposer au potentiel des marchés actions américains

Le seul véhicule pour s'exposer en toute connaissance de cause au potentiel de la plus puissante économie mondiale était jusque là Planisfer, dont l'indice de référence est composé à 65% du S&P500.

L'association Afer vient de lancer Afer Actions Amérique, dont la gestion a été confiée à Aviva Investors France, qui gère déjà un autre fonds actions Etats-Unis, Aviva Amérique, noté 4 étoiles Quantalys au 31 mai 2013. C'est Laurent Bellity qui gère ces deux fonds.

Afer Actions Amérique cherche à surperformer un indice de référence composé du S&P500 (80%) et du Russell 3000 Value (20%). Il s'agit d'un choix étrange dans la mesure où de nombreuses valeurs sont présentes dans les deux indices (6 valeurs communes dans leurs 10 premières lignes).

Le fonds sera exposé au minimum à hauteur de 60% à des actions internationales, notamment cotées aux Etats-Unis et au Canada, le poids des actions d'autres pays développés étant limité à 20% (de nouveau, choix très étrange de pouvoir mettre jusqu'à 20% de valeurs n'appartenant pas à la zone décrite dans le nom du fonds). L'exposition aux actifs obligataires est plafonnée à 40%, ces actifs étant émis par des émetteurs nord-américains (ou d'autres émetteurs de pays développés dans la limite de 20%, même commentaire de notre part que précédemment).

Le portefeuille pourra être composé de fonds d'investissement représentant de 50 à 100% de son actif, ces fonds pouvant être géré par la société de gestion ou des entités du même groupe. Dommage qu'il n'y ait pas une limite au poids des fonds maison pour s'assurer que le gérant considère les meilleures options à sa disposition. Le recours à des fonds implique des frais supplémentaires (voir notre commentaire au sujet des frais ci-dessous).

Le fonds pourra couvrir le risque de change et son exposition à celui-ci ne dépassera pas 10% de l'actif net. En d'autres termes, la performance ne sera que très peu influencée par l'évolution de l'euro contre le dollar.

Selon le reporting au 31 mai 2013, la première ligne du fonds est un ETF (fonds indiciel coté) Lyxor répliquant le S&P 500. On espère qu'il ne s'agit pas de la version en livre sterling, comme le nom mentionné dans le reporting le laisse entendre. La deuxième ligne est un fonds actions US géré par Aviva Global Investors et noté deux étoiles Quantalys au 31 mai 2013, représentant 11,6% de l'actif. Le risque de change était couvert à hauteur de 98,9% de l'actif.

S'exposer directement et indirectement aux marchés émergents

Afer Marchés Emergents permet enfin de s'exposer au potentiel de croissance des économies des pays dits émergents. Géré par Aviva Investors France, qu'on ne savait pas spécialiste de ces marchés (il n'existe en effet aucun fonds géré par cette société de gestion dans les micro catégories Quantalys actions pays émergents et obligations pays émergents), ce fonds appartient à la catégorie Quantalys Flexible Monde.

Ce fonds cherche à surperformer un indice composite, 33% MSCI Emerging Markets, 33% JPM EMBI et 34% STOXX Europe 600. Le premier indice comporte 2700 sociétés cotées ayant leur siège dans un pays appartenant à l'univers des 23 pays émergents au sens de MSCI (on notera que la Grèce sera rétrogradée dans les pays émergents à partir de novembre 2013), le deuxième (JPMorgan Emerging Market Bond Index) un indice obligataire comportant des émissions souveraines dans des devises fortes, le troisième un indice actions comportant 600 valeurs européennes, grandes, moyennes et petites.

Le fonds pourra être exposé à des actions européennes de 0 à 50% de son actif. Ces actions pourront être exposées aux marchés émergents (ce qui veut dire qu'elle pourront aussi ne pas l'être). L'exposition aux actions des marchés émergents se fera par le biais de fonds pouvant représenter de 0 à 50% de l'actif. Une troisième poche, représentant également de 0 à 50% de l'actif, est constituée de fonds exposées aux obligations souveraines et privées d'émetteurs des marchés émergents. La fourchette de sensibilité de la poche obligataire va de 0 à 8. Pour mémoire, une sensibilité de 6 implique que le fonds perdra 6% de sa valeur en cas de hausse des taux de 1%.

Le fonds pourra être exposé à 100% à des valeurs monétaires en cas d'anticipations négatives sur les marchés d'actions et de taux et il sera composé de 50 à 100% de fonds pouvant être gérés par la société de gestion ou des entités de son groupe (même commentaire que pour le fonds Amérique).

Le fonds a été lancé fin février 2013 alors que les marchés d'actions des pays émergents souffraient depuis le début de l'année, leur baisse s'étant accentuée fin mai avec la correction générale des marchés actions. Même évolution pour les marchés obligataires émergents, qui ont en outre souffert de la baisse des devises émergentes face au dollar et aux autres devises de réserve. Le drawdown entre le 22 mai et le 24 juin 2013 a atteint 12,20%, une baisse très spectaculaire pour un fonds flexible.

Selon son reporting au 31 mai 2013, le fonds était exposé à hauteur de 20,8% de son actif à des produits monétaires, à hauteur de 10,8% à des fonds obligataires et à hauteur de 68,4% à des actions (38,9% pour les actions Europe et 29,5% pour les fonds actions émergents). 3 fonds gérés par Aviva Global Investors sont présents dans les 10 premières lignes et représentent près de 20% de l'actif. Les première et troisième lignes du portefeuille sont des ETF (fonds indiciels cotés) répliquant le même indice (MSCI Emerging Markets) et pèsent 20,4%. Le nom du fournisseur du deuxième ETF n'est pas mentionné dans le reporting.

Afer Marchés Emergents n'est pas le seul à avoir été pris à contrepied par la brutale correction des marchés actions depuis les commentaires de Ben Bernanke sur la fin programmée des programmes de quantitative easing (assouplissement quantitatif) : parmi les fonds flexibles les plus renommés, Carmignac Patrimoine et Carmignac Emerging Patrimoine ont également souffert.

Un même gérant pour les deux fonds

Le gérant de ces deux nouveaux fonds est Laurent Bellity. Nous ne doutons pas de ses compétences, mais rares sont les gérants maîtrisant tant de classes d'actifs et de zones géographiques. Bellity gère ou co-gère en effet plusieurs fonds du contrat Afer : Afer-Sfer (co-gérant), Dynafer (co-gérant), Opensfer (co-gérant), Planisfer (gérant). Etre à la fois stock-picker, bond-picker et allocataire d'actifs est un exercice extrêmement difficile.

Un reporting perfectible


Par ailleurs, dans le reporting d'Afer Marchés Emergents à fin mai 2013 disponible sur le site de l'Afer, il est mentionné qu'au sein de l'indicateur de référence du fonds le Stoxx 600 s'entend hors dividendes. Le prospectus mentionne bien la version dividendes réinvestis de cet indice, l'AMF a en outre interdit l'utilisation de tout indice hors dividendes à compter de début 2013 (voir notre analyse ici).

Même problème dans le reporting d'Afer Actions Amérique. Si les données de performance liées à l'indice mentionnées dans le reporting sont hors dividendes, l'information fournie aux investisseurs est à la fois intellectuellement malhonnête et non conforme à la réglementation. Si elles sont dividendes inclus, il conviendrait de rectifier l'erreur dans le nom des indices.

Enfin, comme presque toutes les sociétés de gestion française, Aviva Investors France mentionne dans son reporting mensuel les frais de gestion fixes maximum théoriques des fonds, alors qu'il serait beaucoup plus instructif pour les investisseurs et assurés de mentionner les frais courants, c'est-à-dire les frais effectivement facturés au fonds lors du dernier exercice clôturé (ou l'estimation de ceux-ci dans le cas d'un nouveau fonds), car ils sont généralement supérieurs, notamment dans le cas de fonds investissant pour tout ou partie de leur portefeuille dans d'autres fonds.

Par exemple, dans le cas d'Afer Marchés Emergents, les frais de gestion fixes maximum sont de 0,6%, pourcentage mentionné dans le reporting à fin mai, alors que les frais courants estimés dans le DICI (document clé d'informations pour les investisseurs) sont de 1,62%, soit près de 3 fois plus! Dans le cas d'Afer Actions Amérique, les frais sont identiques à ceux d'Afer Marchés Emergents, respectivement 0,6% et 1,62% (on retrouvera dans notre analyse 2012 du contrat Afer les frais réels des fonds du contrat). Pour éclairer le choix de l'assuré, ne vaudrait-il pas mieux lui fournir tous les éléments liés aux frais dans le reporting mensuel ?

Et si, dans le souci d'éclairer le choix des investisseurs et de leurs conseillers, toutes les sociétés de gestion mentionnaient dans leur reporting mensuel, document sans doute plus régulièrement consulté qu'un prospectus, les frais courants plutôt que les frais de gestion fixes maximum ? Un nouveau pas vers la transparence et une modeste contribution à l'effort nécessaire pour restaurer l'image très dégradée du secteur financier ? Faut-il attendre que le régulateur l'impose ou prendre les devants ? Notre préférence est claire.
Philippe Maupas , CFA, CAIA, CIPM, est co-fondateur de Quantalys et éditorialiste.